Article rédigé par l’un de nos formateurs experts métier Publication par la DREES des données 2024
Le mouvement se confirme année après année. En 2024, l’offre d’accueil du jeune enfant continue de se transformer sous l’effet du recul de l’accueil individuel et du développement, plus modéré, de l’accueil collectif. Les nouvelles données consolidées publiées par la Drees montrent une accélération de la baisse du nombre d’assistants maternels agréés, tandis que les capacités d’accueil en crèche progressent légèrement.
Des évolutions qui confirment les tendances déjà mises en lumière par le dernier rapport de l’Observatoire national de la petite enfance (Onape) et qui interrogent, une nouvelle fois, la capacité du secteur à répondre aux besoins des familles.
Plus de 500 000 places en accueil collectif
Fin 2024, la France compte 20 040 établissements d’accueil collectif et familial, pour une capacité totale de 502 200 places. L’offre progresse de 0,8 % par rapport à l’année précédente, une hausse modeste mais qui permet au secteur collectif de poursuivre son développement.
Cette croissance repose presque exclusivement sur les crèches collectives, dont le nombre augmente encore de 3,7 % en un an. Avec 18 750 établissements, elles représentent désormais près de 94 % des structures d’accueil collectif et concentrent 90 % des places disponibles.
À l’inverse, plusieurs formes d’accueil poursuivent leur déclin. Les crèches familiales, les jardins d’enfants, les établissements parentaux ainsi que les structures combinant accueil collectif et familial enregistrent de nouvelles diminutions de leurs capacités et de leur nombre d’implantations.
Une crise structurelle chez les assistants maternels
Le principal enseignement de ces nouvelles statistiques concerne toutefois l’accueil individuel. La baisse du nombre d’assistants maternels agréés s’est encore accélérée en 2024.
Après un recul de 4,7 % entre 2022 et 2023, les effectifs diminuent de 5,6 % sur la seule année 2024. Le nombre d’assistants maternels passe ainsi de 294 930 à 278 280 professionnels en activité.
Sur deux ans, la profession a perdu plus de 31 000 assistants maternels, soit une baisse de plus de 10 %. Une évolution qui traduit les difficultés persistantes du secteur : départs massifs à la retraite, renouvellement insuffisant des professionnels et manque d’attractivité d’un métier régulièrement confronté à des problématiques de rémunération, de reconnaissance et de conditions d’exercice.
Cette érosion progressive constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de la politique d’accueil du jeune enfant.
Près de 100 000 places perdues en deux ans
La diminution du nombre de professionnels se répercute directement sur les capacités d’accueil disponibles.
En 2024, le nombre de places autorisées chez les assistants maternels recule de 3,8 %, passant de 1,02 million à 959 390 places. Pour la première fois, le volume national descend sous le seuil symbolique du million de places.
Par rapport à 2022, ce sont près de 100 000 places qui ont disparu, soit une baisse de 9,2 % en seulement deux ans.
Si le nombre moyen de places autorisées par assistant maternel reste stable, autour de 3,45 enfants, cette stabilité ne suffit plus à compenser la diminution continue du nombre de professionnels en activité.
Le secteur privé devient le premier gestionnaire de crèches
Autre enseignement majeur des données publiées par la Drees : la place désormais centrale occupée par les gestionnaires privés lucratifs dans l’accueil collectif.
En 2024, ils exploitent 42 % des établissements d’accueil du jeune enfant, devant les communes et intercommunalités (34 %) et les associations (19 %).
Cette évolution est largement portée par le développement des microcrèches. Plus des trois quarts de ces structures (77 %) sont aujourd’hui gérées par des opérateurs privés.
Ces chiffres illustrent la transformation progressive du paysage de la petite enfance, où les acteurs privés occupent une place de plus en plus importante dans la création de nouvelles capacités d’accueil.
Les microcrèches poursuivent leur essor
Les microcrèches confirment leur rôle moteur dans le développement de l’offre collective.
Fin 2024, la France en compte 8 410, soit près d’une crèche collective sur deux. Elles représentent désormais environ 45 % de l’ensemble des crèches collectives recensées sur le territoire.
Aucune autre catégorie d’établissement n’affiche un poids comparable. Les structures de 13 à 24 places, deuxième catégorie la plus représentée, comptent moins de 4 000 établissements.
Cette progression continue des microcrèches contribue à redessiner le modèle d’accueil collectif français. Plus petites, plus souples à implanter et souvent portées par des gestionnaires privés, elles constituent aujourd’hui l’un des principaux leviers de développement de l’offre.
Une recomposition de l’offre qui interroge
Derrière les chiffres se dessine une évolution profonde du secteur. D’un côté, l’accueil collectif continue de gagner du terrain, porté principalement par les microcrèches et les opérateurs privés. De l’autre, l’accueil individuel poursuit son recul à un rythme inédit.
Or, la progression des places en crèche ne compense pas les pertes enregistrées chez les assistants maternels. La question de l’attractivité des métiers de la petite enfance reste donc au cœur des enjeux, alors que les besoins d’accueil demeurent importants dans de nombreux territoires.
Les données 2024 confirment ainsi une tendance désormais bien installée : l’offre d’accueil du jeune enfant se transforme rapidement, mais sans parvenir, pour l’instant, à enrayer la diminution globale des capacités d’accueil disponibles.